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La presse dit «Doyna, ça suffit !»

La devanture du ministère de la Culture et de la Communication a vu «Rouge», le temps d’une matinée de sit-in qui a duré de 10 à 13h. La presse sénégalaise était dans rue hier, lundi 3 mai, pour célébrer la Journée mondiale de la liberté de presse dont le thème est : «L’information comme bien public». D’une seule voix, face aux violences, menaces et agressions, etc. entre autres «dangers», elle a dit : «Doyna, ça suffit !».

La fête de la presse, célébrée hier par un sit-in, a été prétexte pour les acteurs des médias de se mobiliser pour dire «NON» à toutes les tentatives de musellement et de précarisation, les atteintes, menaces, violences, intimidations et agressions à l’encontre des journalistes, des techniciens des médias et des maisons de presse. Micros et dictaphones, stylos et bloc-notes, caméras et appareils photos rangés, les professionnels on eu le temps de dénoncer les maux qui gangrènent leur profession ainsi que les difficiles conditions dans lesquelles ils travaillent, à travers différents orateurs qui se sont relayer au micro sur le podium dressé à cet effet. Sur fond du fameux tube d’Alpha Blondy sur la liberté de la presse (Norbert Zongo). En plus des discours, les messages sur les pancartes, banderoles et T-shirts tournaient au tour des menaces, attaques, violences, agressions contre les professionnels et entreprises de presse. «Ma liberté n’est pas négociable», «Touche pas à mon métier», «Menaces sur les médias, démocratie en péril», «Non aux violences faites aux médias», pouvait-on lire, ça et là. Il y avait aussi d’autres messages relatifs au travailleurs au sein des entreprises de presse tels que : «Nous voulons des salaires décents», «Le journaliste, ce n’est pas les comptes-rendus». Et à l’endroit des autorités il est écrit : «Pour une loi d’accès à l’information», «CNRA est mort. Vive la HARC !»

Et sur les T-shirts, on pouvait lire : «Presse en danger !», «Doyna, ça suffit !», «Pour un leadership féminin fort dans les médias». Des anciens et des doyens de la corporation aux jeunes reporters, hommes et femmes, en passant par des patrons de presse, des étudiants des écoles de formation en journalisme, ils étaient ombreux a faire le déplacement pour faire passer le message. Ils étaient en majorité vêtus de T-shirts rouges, chemises rouges, robes rouges…

Bref, il y avait du rouge à la mode. Des professionnels de médias qui qualifieront la presse «d’incontournable, d’utile et de nécessaire». Non sans déplorer le fait qu’on veuille «mettre cette presse dans la corbeille». Une chose que, disent-ils, ils n’accepteront pas. Des activistes et membres de société civile et de syndicats étaient également de la partie. Il s’agit, entre autres de Guy Marius Sagna (Frapp), Birahim Seck (Forum Civil), Seydi Gassama (Amnesty International/Sénégal), Saourou Sène (Grand Cadre des syndicats d’enseignants), Bakhao Ndiongue (CNTS/FC), etc. et des politiques dont Babacar Gaye. «Nous demandons aux journalistes de rester encore dignes, courageux et forts.
Leur travail n’est pas facile mais qu’ils n’oublient jamais qu’ils constituent un pilier fondamental pour la démocratie sénégalaise», dira Birahim Seck Forum Civil. Non sans demander des éclairages sur les remises d’impôts et taxes accordés par l’Etats aux entreprises de presse dans le cadre de la résilience à la Covid-19.

REACTIONS…REACTIONS…

MAMADOU THIOR, PRESIDENT DU CORED : «il fallait s’arrêter pour dire basta !»
«Il faut saluer cette mobilisation autour de ce sit-in parce que pour célébrer une Journée de la presse, c’est quand-même une manière assez particulière. Nous organisons à l’occasion du 3 mars la réflexion autour des problématiques qui nous agitent ; mais là, nous avons donc décidé de nous faire entendre. Aujourd’hui, la situation de la presse a quand-même atteint un certain paroxysme d’anormalité. Il fallait s’arrêter pour dire «basta !» (ça suffit !). Je pense que le cri de cœur a été entendu. Quand on prend la précarité des jeunes journalistes, des jeunes techniciens et autres qui viennent embrasser ce métier. Il faut faire en sorte que les gens continuent à aimer ce métier qui a eu par le passé ces lettres de noblesse. Nous n’avons pas le droit d’affaiblir la presse. Tous ensembles, que ça soit les gouvernants et les acteurs que nous sommes. Il faut faire en sorte de redonner à la presse son lustre d’antan ; essayer de voir quels sont les problèmes réellement. Nous les connaissons. Ça passe par l’assainissement parce qu’il ne faut pas qu’on se voile la face. La profession a été envahie par beaucoup de non professionnels et cela ne donne pas une bonne image du journalisme. Donc, il faut faire en sorte d’assainir la profession. C’est un premier pas. Il faut aussi doter de moyens les acteurs, investir aussi dans les équipements parce que si on donne les moyens, je pense que ça va se répercuter et sur les hommes et sur les équipements et c’est tout le monde qui va y gagner.

«DOTER LA PRESSE DE MOYENS»
Il faut doter la presse de moyens parce que le travail d’assainissement, nous pouvons le faire, personne ne peut connaître le métier mieux que nous. Nous le ferons notamment à travers la nouvelle Carte nationale de presse que nous sommes en train de délivrer et le quitus que le CORED est appelé à délivrer en amont de la Carte national. Le reste, ce sont les moyens qui passent par la révision de la loi sur la publicité. Si nous arrivons à réviser à cette loi, la presse, surtout privée, pourra trouver son compte parce que la presse publique sera financée comme il se doit et elle va se délester de la publicité au profit de la presse privée. Je pense que c’est comme ça que les moyens seront conséquents, surtout pour nos amis de la presse privée et à travers un nouveau mécanisme qui se trouve dans le Code de la presse, ce qu’on appelle le Fonds d’Appui et de Développement de la Presse. Si tous ces mécanismes-là sont bien gérés, on doit assister à un changement de cap dans la presse.»

MADIAMBAL DIAGNE, DIRECTEUR GENERAL GROUPE AVENIR COMMUNICATION : «chacun doit pouvoir vivre de son métier»
«Ma présence aujourd’hui (hier ndlr) est une présence que je considère tout à fait normale. C’est une occasion pour moi de réaffirmer mes encouragements à l’ensemble des medias sénégalais. Commémorer avec la presse du monde cette Journée de la liberté de la presse qui est aussi un évènement important pour les medias pour nous encourager les uns et les autres, nous serrer les coudes mais c’est aussi un moment pour nous de réfléchir sur le sort des medias, sur la situation des medias et faire des propositions pour améliorer les conditions de vie des medias. Les revendications que j’ai entendues ici (au sit-in du CAP) sont tout à fait légitimes. Chacun doit pouvoir vivre de son métier. Chacun doit pouvoir s’épanouir socialement, professionnellement de son exercice professionnel, l’amélioration des conditions sociales. Donc, je ne peux que souscrire par rapport à ces revendications qui sont légitimes et encourager les entreprises de presse à essayer de répondre, dans la mesure du possible, à cette demande»

ASSANE DIAGNE, REPORTERS SANS FRONTIERES : «il y a des raisons de s’inquiéter»
Assane Diagne, chef du Bureau Afrique de l’Ouest de Reporters sans frontières (RSF) a exprimé le soutien de l’ONG «pour la sécurité des journalistes et la viabilité des entreprises de presse», relevant que la liberté de la presse au Sénégal est inquiétante. «La liberté de la presse au Sénégal se porte relativement bien mais ce qui a été noté depuis quelques mois, c’est que la situation devient de plus en plus inquiétante. Depuis mars 2020, nous avons noté qu’il y a de plus en plus d’atteintes à la liberté de la presse. Des signaux de radios et télés ont été coupés tout récemment, des organes de presse ont été agressés et des journalistes interpellés, agressés. Il y a des raisons de s’inquiéter et de se mobiliser pour mettre un terme à ces agissements qui sont attentatoires à la liberté de la presse dans un pays qu’on a tendance à considérer comme un bon élève de la liberté de la presse en Afrique de l’Ouest”.

MAÏMOUNA NDOUR FAYE, DIRECTRICE 7TV «il faut qu’on arrête de créer des problèmes entre les patrons de presse et les journalistes»
«Mon message s’adresse à nous journaliste, il faut le dire, parce que quelque part on a failli. Il faut avoir l’humilité de le dire parce qu’il y a beaucoup de chose à dire sur notre façon de faire ce métier là. Et le moment est venu de se lève comme un seul homme est venu de dire non et de mettre une terme à ces pratiques anormale. Mais aussi, il faut qu’on arrête de créer des problèmes entre les patrons de presses et les journalistes parce que nous sommes là pour eux ; on ne les torture pas.»

SEYDI GASSAMA, AMNESTY INTERNATIONAL/SENEGAL : «Qu’on laisse les journalistes faire leur travail comme il le faut»
«La presse joue un rôle important dans notre pays. Mais pour cette Journée internationale de la liberté de la presse, nous condamnons la violence faite aux journalistes. On a vu, lors des émeutes durant le mois de mars, des maisons de presse ont été attaqués, d’autres fermées par le CNRA ; des journalistes ont été battu ; c’est anormale. Sans oublier aussi lors du problème de Ousmane Sonko et Adji Sarr, avec la levée de l’humanité parlementaire de Sonko, on a interdit l’accès à la presse au niveau de l’Assemblée nationales. Il faut qu’on arrête. Bientôt les élections locales, donc qu’on laisse les journalistes faire leur travail comme il le faut ; ils sont là pour nous informer.».

IBRAHIMA BALDE, PRESIDENT CONVENTION DES JEUNES REPORTERS DU SENEGAL (CJRS) : «il est important que les patrons de presse sachent que nous ne pouvons plus vivre dans cette précarité extrême»
«Il est important, à un moment de la vie d’un secteur, qu’on s’arrête et qu’on essaye de voir comment poser, mettre le doigt sur les vrais problèmes. Aujourd’hui, la presse est dans une situation alarmante qu’il va falloir diagnostiquer, faire un état des lieux pour trouver des voies et moyens de créer un environnement médiatique propice. Ce que nous dénonçons, c’est les violences physiques qui ne nous ont pas permis de faire notre travail mais qui sont déplorables et condamnables au plus haut niveau. L’autre violence, c’est les violences morales. Nous avons constaté que la majeure partie des jeunes reporters n’ont pas de contrat dans leurs lieux de travail, à plus forte raison de couverture maladie, de numéro IPRES ainsi que des autres avantages que la Convention collective nous donne. Il est important que les patrons de presse sachent que nous ne pouvons plus vivre dans cette précarité extrême. Il va falloir qu’ils mettent les moyens pour une presse de qualité et ce avec l’application de la Convention collective qui défini les conditions, les clauses minimales d’un salaire d’un travailleur. Nous exigeons cela et nous disons que c’est pour notre dignité humaine, le respect de la dignité humaine. Aujourd’hui, personne n’a envie de parler de ses conditions, personnes n’osent évoquer son salaire et il est temps que les gens jouent la carte de la transparence avec les jeunes reporters.»

I. DIALLO

DAKARMATIN

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